TERENCE HILL : TRINITA SE COUCHE TÔT

Bonjour à tous,
Voici une biographie et un résumé de carrière paru dans le magazine italien FAMIGLIA CRISTIANA le 23 avril 1972, pendant le tournage d'El Magnifico.

TERENCE HILL, UN AUTRE HEROS DU WESTERN ITALIEN


Il se fait appeler Terence Hill, mais son vrai nom est Mario Girotti. Né en Ombrie, il a vécu en Allemagne pendant la guerre, est marié à une américaine blonde et a un fils prénommé Jess, en hommage à un célèbre bandit. Il a tourné trente films, dont six westerns, et a touché cent millions de dollars pour chacun d'eux. C'est un homme discret.

TRINITA SE COUCHE TÔT

De Franco Mazza.

Monsieur Trinita, alias Terence Hill, né Mario Girotti, est originaire d'Amélia, dans la province de Terni. Le nouveau héros des westerns italiens, après Gemma de Rome et Nero de Parme, est ce garçon de la douce et verdoyante Ombrie, jadis terre de saints et de peintres. Un cowboy au pays du "Pauvre homme" est plus extraordinaire que de voir un âne voler.

Il a 31 ans, une épouse américaine et un fils prénommé d'après un bandit légendaire de l'Ouest. Son épouse, Lory Hill, est professeure d'anglais. Cette américaine blonde a rencontré Terence Hill en 1967 alors qu'elle faisait de l'auto-stop. L'acteur ayant besoin d'apprendre l'anglais à l'époque, il a demandé quelques leçons à l'auto-stoppeuse. Deux mois plus tard, ils étaient mari et femme. Deux ans plus tard naissait leur fils, Jess, qui a maintenant trois ans et a pris l'habitude de se lever à cinq heures du matin, en toute saison.

Mario Girotti, d'Amélia, a emprunté le nom de famille américain de sa femme, celui qui lui a apporté le succès. "J'étais parmi les premiers", dit-il, "à embrasser le nouveau féminisme : c'est la femme qui prend le nom de son mari, j'ai fait l'inverse."

Je le rencontre au village western des studios de Laurentiis, Via Pontina. Quatre maisons en bois, rongées par l'eau, arborent sur leurs façades les enseignes typiques de San Diego et d'El Paso, on y sent l'odeur des chevaux. Ici, l'homme redevient enfant, ici, le fantasme italien a engendré une autre folie, le "western spaghetti", dont le succès a nourri et continue de nourrir des milliers de personnes. J'arrive à 14 heures, alors que Hill dort.

Il dort dans une roulotte d'une valeur de sept millions. Elle est même climatisée. Un homme imposant monte la garde à la porte. Hill, lorsqu'il dort, ne veut pas être dérangé. Roberto veille également à proximité c'est un ami de l'acteur et mascotte de la troupe. Un homme d'une bonne hauteur. Il me dit que Hill est un "bon italien".

Légende de la photo :

A gauche, Terence Hill, plus connu sous le nom de "Trinita" dans deux films célèbres. Ci-dessus : avec sa femme américaine et son fils Jess, âgé de trois ans.



Il tourne son sixième western. Il s'intitule " L'Homme de l'Est". Il incarne un anglais qui arrive dans le Far West et rencontre trois bandits. Le film narre le choc de deux mondes : la mécanisation galopante et le Far West mythique qui se défend pour survivre. Le chemin de fer, en somme, qui décime les bisons et brise la dernière résistance des Indiens. Terence Hill est l'Anglais, le chemin de fer, la mécanisation, en somme.

Il est le fils d'un Ombrien et d'une allemande, tous deux décédés. "Mon père et ma mère se sont rencontrés dans le train", dit-il, et cela devrait le réjouir. Lui, Mme Hill, l'a rencontré sur la route. Son père était représentant pharmaceutique, une vie difficile. Il a deux frères, l'un géologue et l'autre sur le point d'obtenir une licence de lettres. Ils sont très proches. Ils ont passé Pâques à Amelia, à la campagne: bouteilles de vin, bucatini et agneau rôti.

Pendant la guerre, il a vécu en Allemagne de l'Est, chez ses grands-parents maternels. Cinq ans, les premiers de sa vie, plongés au cœur de la folie nazie. Il habitait près de Dresde et a entendu le déluge d'avions alliés qui a anéanti la ville. Trois cent mille morts. "Je me souviens des cadavres dans les rues, dit-il, des corps entassés les uns sur les autres. J'ai toujours gardé le cauchemar de ces jours-là."

Il a passé sa jeunesse à Amélia, en province. Il y a encore beaucoup d'amis. Puis il est parti étudier à Rome. Il nageait et étudiait. Il était champion de natation, mais moins doué pour les études. Il a terminé sa deuxième année dans un lycée classique. Un jour, alors qu'il participait à des finales régionales de natation, qu'il remporte par la suite, une star de cinéma le remarqua et lui proposa un petit rôle. Les personnages "pauvres mais beaux" étaient très en vogue à l'époque. C'est ainsi que Girotti-Hill fit ses premiers pas dans le monde du cinéma. Ironie du sort, il faut dire qu'à cette époque, le roi des piscines italiennes était un certain Carlo Pedersoli, avec l'accent sur le "o". Pedersoli détenait le record d'Italie du 100 mètres nage libre, une légende pour le nageur Girotti. En 1967, Girotti et Pedersoli, sous les noms de Terence Hill et Bud Spencer, tournèrent ensemble leur premier western. Il s'intitulait "Dieu pardonnes, moi pas". Hill y incarnait le rêveur, Spencer le bagarreur et le colérique, même si on le surnommait "Bambino", un surnom qui lui est resté. "Les deux hommes sont aujourd'hui très bon amis, mais nous nous voyons rarement en dehors des plateaux de tournage", explique Hill.

Une parenthèse "chargée".

Le premier film de Hill fut "La vena d'oro", de Mauro Bolognini. Vint ensuite "Un dénommé Squarcio", de Gillo Pontecorvo. Puis une série de films historiques et mythologiques. Enfin, "Lazzarella", "Bambino", etc. Entre-temps, une parenthèse chargée : un rôle dans "Le guépard" de Visconti. Il était le jeune et bel acteur qui plaisait aux jeunes filles, mais c'était aussi un garçon découragé qui songeait à abandonner le cinéma. "Et puis", dit-il, "j'avais raté le coche. J'aurais aimé faire des westerns à l'italienne, récemment lancés par Sergio Leone, à qui l'ont devrait vouer une admiration particulière. Mais Franco Nero et Giuliano Gemma avaient déjà pris la place du héros, il n'y avait pas de place pour moi, alors je suis parti."

Il retourna en Allemagne, le pays natal de ses grands-parents maternels. Il tourna onze films entre Munich et Francfort, des westerns à l'allemande. "Les allemands ont été parmi les premiers", dit-il, "à réaliser des westerns sans le Texas et le Far West mythique; je dois beaucoup à cette expérience en Allemagne, mon apprentissage s'y est poursuivi." Nous sommes assis à la terrasse d'un saloon; le village western se trouve dans une vallée, et c'est le printemps tout autour.

Il est habillé comme un anglais du XIXe siècle. Il est légèrement dégarni, avec des cheveux blonds parsemés de quelques mèches blanches et des yeux bleus, d'un bleu incroyable. "Contrairement à ce que vous pouvez penser", dit-il, "je tiens ça de mon père, pas de ma mère allemande. Certains ombriens ont parfois des yeux vraiment étranges."

A son retour en Italie en 1967, on lui a montré un scénario. C'était pour "Dieu pardonne, moi pas". "J'ai compris de suite" dit-il, "que c'était important : j'avais une certaine expérience des scénarios. L'acteur, dans un film, est secondaire; ce qui compte, c'est le scénario, le réalisateur, l'humeur du public. L'acteur est l'un des quatre piliers de la production." Je tourne avec Bud Spencer, l'ancien champion de natation. Puis vinrent "Les 4 de l'Avé Maria", "Django, prépare ton cercueil", "La colline des bottes", "Barbagia", "On l'appelle Trinita" et, enfin, On continue à l'appeler Trinita". Trente films au total, six westerns ces six dernières années, soit un par an. Tous ont été des succès. le premier Trinita a rapporté cinq milliards; le second a atteint, rien que dans les salles de première diffusion, le chiffre record de deux milliards et demi. cela signifie qu'en Italie seulement, il rapportera sept milliards, soit six milliards de bénéfices pour la production. Il faut également préciser que le film a aussi connu un succès international, battant des record au box-office à paris,, ainsi qu'en Suède, en Allemagne et au Danemark. Les films de Terence Hill se vendent comme des petits pains. On dit que Hill gagne cent millions par film.

" Mes films", dit-il, "sont comme des dessins d'enfants de primaires. ces dessins, même s'ils ne resteront pas dans l'histoire de la peinture, ont toujours quelque chose à nous apprendre. Ils ont un côté pur, disons innocent. Tout le monde peut les comprendre." Hormis les combats incessants, résolus à coups de poing et de pied, les film de Hill ne contiennent rien de pornographique ni de sadomasochiste, ingrédients pourtant à la mode aujourd'hui. dans son dernier film, Trinita, Hill tente souvent, sans jamais y parvenir, d'embrasser sa petite amie. 

Légende de la photo :

Terence Hill (en réalité Mario Girotti), à droite, dans une scène d'un film avec Bud Spencer, est le nom anglais d'un autre italien, Carlo Pedersoli, champion de natation du 100 mètres nage libre.



Trinita a séduit un public d'adultes comme d'enfants. Des grands-mères vont voir Trinita avec leur petits-enfants. "Je passe des après-midi entières", raconte Hill, "à aller dans les cinémas où Trinita est projeté." Je suis allé observer la réaction du public en Suède, en Allemagne, en France et au Danemark. Ils rient tous aux éclats, ils s'amusent. Les suédois sont les plus heureux, c'est étrange, non ? Viennent ensuite les allemands, puis les italiens. Quand je vois les gens sortir de Trinita, je les vois calmes, détendus, et ça me convient parfaitement. Mes films, je l'admets, ne sont pas des films d'auteur, mais j'ai une ambition : faire en sorte que les hommes se sentent à nouveau comme des enfants, ne serait-ce qu'un instant."

Douze millions de spectateurs

Trinita a attiré deux millions de spectateurs lors de sa première. A la fin de sa diffusion en Italie, douze millions de personnes l'auront vu. Jamais un film n'a réuni autant de spectateurs en si peu de temps.

Il marque une brève pause et dit : "Ecoutez, faites-moi une faveur, appelez-moi Hill, Terence Hill. C'est le nom qui m'a porté chance, le nom de ma femme." Et puis, le monde est petit, et ça ne sert à rien de faire preuve de nationalisme. Ses collègues l'appellent Mario, certains Terenzio, d'autres Terence, d'autres encore Hill.

Il vit à Rome, via San Valentino. "Mais je vais bientôt aller vivre à la campagne", dit-il, "peut-être sur les Flaminia." Sa femme l'appelle Terence. Ils sont très proches et s'offrent de longs voyages à travers le monde. Le mois dernier, ils étaient en Thaïlande, cet été ils iront en Afrique. Ils ne fréquentent pas les hôtels de luxe et, malgré les millions de dollars de pluie, ils vivent de façon spartiate. Ils adorent la tente, le camping et l'auto-stop. Ils n'ont pas de voiture puissante, juste une vieille Volkswagen. Hill est passionné de motos. On lui a volé deux Honda, mais il en a une troisième. "Mais", dit-il, "non pas pour avoir l'air d'un sauvage, mais parce que la moto permet de se reconnecter à la nature. Essayez donc de faire de la moto à la campagne en été. Vous sentirez tous les parfums et vous verrez combien il est agréable de passer d'un endroit ombragé à un endroit ensoleillé."

Il se couche tôt le soir, sauf les jours où il va à la salle de sport. "je dois rester en forme", dit-il, "car le public l'exige." Il a très peu d'amis. Il est très proche de Gemma, estime Leone; il ne connaît pas Franco Nero, qu'il admire pourtant beaucoup. le soir, il s'endort souvent devant la télévision. Il lit Thomas Mann. En ce moment, "Joseph et ses frères" est sur sa table de chevet. "Il y a tellement de livres qui sortent en ce moment", dit-il, "qu'il est impossible de tous les lire. Alors, je ne prends aucun risque; Mann est un auteur fiable."

Ses rêves ne sont pas peuplés des films habituels avec Federico Fellini. "Avec ma femme", dit-il, "j'aimerais créer une société de production et réaliser des films qui me passionnent. On verra bien; tout dépendra des finances." Il a travaillé dans le roman photo, mais n'a jamais réalisé de courts spots publicitaires. "Jusqu'ici, j'ai réussi à éviter le fromage et les détergents", dit-il, "mais qui sait ce que l'avenir me réserve ? Le public crée des mythes, puis les détruit; cela pourrait m'arriver aussi."

On l'interpelle dans la rue, mais Hill n'est pas du genre à les éviter. "j'aime ça", dit-il, "le contact et la conversation avec les gens, dans le bus, au café..." Il ne connaît aucune boîte de nuit ni aucun lieu de rencontre à Rome. "Si on me demande où se trouve un endroit précis", dit-il, "je ne saurais pas les orienter." Quand certains amis américains me téléphonent et me demandent : "Terence, où est-ce qu'on passe la soirée ?" "Je suis choqué, je ne sais jamais où les envoyer..."

Il parle un anglais parfait, réalise des films en anglais et a reçu des propositions de travail aux Etats-Unis, mais "on ne m'a jamais envoyé les bons scénarios", dit-il. Politiquement, il est de centre-gauche. "Mais je n'ai absolument aucune envie de faire des discours politiques", dit-il. Et il poursuit : "Non pas par indifférence, attention. Je me sens investi d'une mission : faire des films pour tous. l'autre soir, à la télévision, dans une amission sur la musique, le célèbre maestro Bernstein a déclaré : "L'artiste qui s'engage exclusivement est frustré. l'artiste doit être libre."

On l'appelle; il y a une bagarre à filmer dans un saloon. ca va chauffer ! "Mario, c'est l'heure !", crie l'assistant réalisateur. Monsieur Trinita part terminer un autre film qui rapportera un million de plus.

Marco Mazza.

(L'image d'archive provient du blog "Mon nom est personne", géré par Jo.)


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