TERENCE HILL : MISTER TRINITA



Bonjour à tous,
Voici une interview paru dans le magazine italien IL MONELLO le 12 juillet 1973 dont Terence fait la couverture ! ( Enfin, disons plutôt une caricature)




 TERENCE HILL : MISTER TRINITA



Par George Brovillard.

La rencontre sur un plateau de tournage n'est pas chose aisée. Il tourne toujours ses films dans des lieux reculés, en Yougoslavie, en Espagne; et, lorsqu'il n'a pas envie de voyager loin, dans la Maremme. Le rencontrer en ville est encore plus difficile : lorsqu'il ne travaille pas, Terence Hill mène une vie paisible et retirée, en compagnie de sa femme, de ses enfants et de quelques amis, qui ne fréquentent presque jamais le monde du cinéma. Nous tentons notre chance à la salle de sport; c'est un endroit qu'il affectionne et où il passe la moitié de son temps libre.
Et c'est là que je le trouve. Il me fixe intensément de ses yeux couleur acier et hésite un instant avant d'interrompre sa séance de musculation. Un moment se suspense s'installe. Je crains qu'il ne refuse l'interview : avec les acteurs, on ne sait jamais. Puis, lorsqu'il apprend qu'il s'agit de "Monello", il éclate de rire. " Je le lirai aussi", s'exclame-t-il, " en même temps que mon fils Jess. Oui, c'est un joli petit magazine."
Pendant ce temps, Terence Hill s'est enroulé une grande serviette éponge autour du cou et s'est allongé sur le tapis de gym.

" Allez-y, posez vos questions, mais n'oubliez pas que je ne peux pas interrompre mon entraînement plus de cinq minutes, sinon ce type ( et il désigne le coach, qui regarde déjà sa montre) va me faire tout recommencer."

Ecoutez, dépêchons-nous. Dites-moi ce que vous voulez que les lecteurs de Monello sachent de votre vie.

D'accord. Je suis né le 29 mars 1939 à Venise. Mon vrai nom, tout le monde le sait maintenant, est Mario Girotti, mais quand j'ai commencé à travailler dans le cinéma, tout le monde pensait que j'était apparenté à Massimo Girotti. La star des années 40, remise au goût du jour par Pasolini avec Teorema, alors j'ai décidé de changer de nom. A l'époque, il y a une dizaine d'années, les westerns amateurs étaient déjà à la mode, et je me suis dit que je me présenterais avec un nom américain. Après quelques recherches et discussion avec mon agent et les producteurs de mon premier film, nous avons opté pour Terence Hill; cela faisait "autenthique", bref, j'avais l'air d'un texan tout droit sorti d'Hollywood. Le reste, vous le savez.




Et non, ce n'est pas le cas. Vous devez avoir la gentillesse de nous faire une petite critique de votre film, de nous raconter quelques anecdotes. Sinon, que suis-je censé écrire ?

Très bien; mais je le fais précisément parce que les lecteurs d'Il Monello sont aussi les spectateurs de mon film, et je ne veux pas les décevoir. Alors, voyons voir. Le premier film était "Dieu pardonne, moi pas", celui qui vient de ressortir et qui cartonne à nouveau. Ensuite, j'ai tourné "Les 4 de l'Avé Maria", réalisé par Guiseppe Colizzi. C'était aussi un film, si l'on peut dire, de mes débuts, où l'on massacrait sans pitié tous nos ennemis. Puis, si je me souviens bien, j'ai tourné "La colline des bottes". 

Je me demande combien vous gagnez avec ces ressorties !

Pas question. Pour ces films, j'avais un salaire fixe, et c'est tout. Je ne touche absolument rien avec les ressorties. Cependant, c'est toujours utile, car les distributeurs gagnent plus d'argent qu'ils réinvestissent ensuite dans la production d'autres films avec moi. Du moins, je l'espère...

Ensuite, je crois que vous avez tourné Barbagia, pour De Laurentis...

Exact. Ce fut une parenthèse dans le western, mais de courte durée, car j'ai immédiatement enchaîné avec Trinita, mon premier véritable succès. J'avais auparavant tourné "La colère du vent"; puis, comme je vous le disais, Trinita est né, avec le célèbre couple Bud Spencer et moi, celui-là même qui est revenu plus tard avec "On continue à l'appeler Trinita", avec "Et maintenant on l'appelle El Magnifico" et avec "Maintenant, on l'appelle Plata". Entre temps, j'avais également accepté de tourné un thriller, " Manœuvres criminelles d'un procureur de la république".

Je sais que vous vous apprêtez à partir pour les Etats-Unis. Pour tourner quoi ?

Oui. Nous allons au Nouveau- Mexique pour tourner "Mon nom est Personne", réalisé par Tonino Valeri, avec Henry Fonda.

Je sais aussi que le film est produit par Sergio Leone, le célèbre réalisateur, devenu producteur...

Exactement, et vous devez savoir que le film coûtera deux milliards...

Bien sûr ! Je suis ravi pour vous. Dites-moi une dernière chose: parlez-moi de votre famille.

C'est simple : je suis marié à une américaine avec un nom très compliqué. Attendez, je vais vous l'écrire pour que vous n'ayez pas besoin de vous en souvenir... elle s'appelle Lori Zwicklbauer, voilà... J'ai un fils qui s'appelle Jess, et j'ai récemment adopté un autre petit garçon, un adorable thaïlandais nommé Saksi, que nous aimons énormément. Ils viennent tous avec moi en Amérique; ensuite, nous retournerons en Italie car je dois tourner un autre film avec mon fidèle Bud Spencer, histoire de continuer sur ma lancée. Il sera réalisé par Marcello Fondato et s'intitulera " Attention, on va s'fâcher"...

Dites-moi, Girotti, vous n'avez pas peur pendant ces scènes périlleuses ?

Peur de quoi ? Les armes ne font que du bruit et de la fumée, les explosions sont bien réelles, mais elles sont mises en scène, et on prend toutes les précautions. Forcément, c'est un travail épuisant !

Et les chevaux ?

Les chevaux sont mes amis. Une seule fois, j'en ai trouvé un qui m'a fait voler : il s'est arrêté devant un obstacle et j'ai volé pendant une demi-heure, du moins c'est l'impression que j'en ai eue. Heureusement, j'ai appris à bien tomber et je ne me suis rien cassé, mais pendant une demi-journée, je n'ai pensé qu'à cet arbre que j'ai vu défiler devant moi. Si j'avais volé vingt centimètres de plus, adieu Terence Hill...pardon, je voulais dire Mario...

Je sais que vous êtes quelqu'un de très sobre, n'est-ce pas ?

En fait, comme tout bon sportif, je ne bois pas et ne fume pas. Mais croyez-moi, je n'en ressens pas le besoin, je ne souffre pas d'anxiété et je suis très calme, donc je n'ai besoin d'aucun plaisir interdit. Ma drogue, c'est la salle de sport. J'y viens, j'y passe des heures, je m'entraîne à tous les sports : course, saut, lutte. En ce moment, je fais du karaté.

Avez-vous des projets de films à la chinoise en préparation ?

Allons donc ! Nous n'avons certainement pas besoin de copier les chinois. Nos films sont meilleurs et, surtout, ils ne contiennent pas cette violence gratuite qui nuit toujours aux jeunes. je fais du karaté parce que c'est un sport comme un autre, et cela peut toujours être utile pour tourner les scènes d'action qui abondent dans mes films.

Bud Spencer a donné quelques mauvais coups, non ? Peut-être par erreur ?

Il est très peu probable que nous nous trompions. Nos scènes sont planifiés au millimètre près, avec le plus grand soin. On ne se laisse jamais emporter. Nous sommes des professionnels sérieux, que croyez-vous ?... Du coup, on a besoin de beaucoup d'entraînement, et on ne peut pas accorder beaucoup de temps aux journalistes...

Je comprends, c'est fini. Dois-je attendre le gong, ou puis-je jeter l'éponge avant la fin ?

Jetez l'éponge. Je ne vais pas faire semblant de vous mettre K.O., sinon vous vous vengerez en disant que je suis désagréable. Bref, mieux vaut y aller.

Même s'il était désagréable dans la vraie vie, je n'en parlerais pas, parce que ses films m'ont toujours diverti. 

( L'entraîneur intervient) Très bien, ça suffit. La sortie est par là.

Mais je ne peux pas rester et regarder l'entraînement ? 

Non, secret professionnel.

Face au laconisme sec de l'entraîneur, je ne peux que retranscrire ces notes pour les lecteurs et transmettre à tous les salutations cordiales de Trinita.

George Brovillard

Légende photo de gauche :

Il doit également une partie de son succès à son partenariat fructueux avec Bud Spencer, que l'on voit à ses côtés sur la photo. Terence Hill n'a pas joué que dans des westerns. Sur la photo ci-dessous, on le voit dans une scène du film "Barbagia", réalisé par Carlo Lizzani.

Légende photo de droite :

Terence Hill, de son vrai nom Mario Girotti, est né à Venise il y a 34 ans. Il a fait ses débuts au cinéma en 1958 avec de petits rôles, mais ce n'est qu'après deux films de la série Trinita qu'il a connu le succès escompté. Sur la photo, Terence est avec son fils Jess, qu'il emmène parfois sur les plateaux de tournage.

(L'image d'archive provient du blog "Mon nom est personne", géré par Jo.)

Commentaires

  1. Merci pour cette traduction et le boulot que cela donne.....

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  2. Idem, merci pour cette archive qui met l'accent sur le fait que le duo une fois rodé à fait des films pour divertir tous public et non des films violents.

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